10.5.08

la lapalissade



il était évident que l'on n'allait pas recommencer l'expérience, d'une ville à l'autre, à travers textes et photographies : new york avait cela d'unique que la city appelait spontanément l'écriture, avec ses lignes de métro en quadrillage de cahier et central park en illustration principale, on était monté dans la ligne 1 gare de lyon et je t'avais répété la remarque que je m'étais faite deux semaines auparavant, que ce n'était pas le métro new yorkais, tu m'avais répondu par une lapalissade, que ce n'était pas new york, on était descendu deux stations plus loin, sacs sur l'épaule, visage tendu, on n'avait pas pris la peine d'acheter un ticket semaine, manifestement on s'en fichait

7.5.08

l'équipe



le cinéma avait ouvert ses portes à neuf heures, on en était sorti à dix-huit heures, le lendemain le rythme était le même, l'intention était de voir dans son intégralité l'œuvre sérielle d'un cinéaste allemand réputé, on s'était dit que l'on ne tiendrait jamais, ça nous ramenait à des expériences artistiques longue durée antérieures que l'on avait envisagées en se promettant mutuellement de ne pas faire subir à l'autre le spectacle s'il y avait une lassitude, en vérité on travaillait en équipe, quand l'un flanchait, l'autre reprenait le dessus, il encourageait, motivait la troupe, haranguait, on avait quitté le marathon la tête haute, les yeux cernés, la langue teutonne gravée dans les neurones et l'œuvre cinématographique en digestion dans les systèmes, sur la place l'été précoce ravissait les touristes

1.5.08

l'écrivain



« tu mens ?
les écrivains mentent.
ils disent leur vérité, qui est un mensonge pour le lecteur. ils ne mentent pas volontairement, du moins ils ne le font pas systématiquement. mais ils racontent des histoires. des salades. en d’autres mots, les écrivains sont des menteurs. avec du talent en plus. »
laurent herrou, je suis un écrivain

28.4.08

la peur



«i'm scared to face another day,
coz' the fear in me just won't go away»
duffy, scared

24.4.08

la lamentation



paris hésite entre hiver et printemps et je marche, visage levé vers le ciel nuageux, les cafés s'ouvrent à la rue et allument les braseros, le vin monte à la tête, crâne surchauffé et cheveux brûlants, on voudrait presque que le short et la tong fleurissent à nouveau, il y a une attente du peuple, une lamentation, les hommes frappent des poings sur les terrasses, ils interpellent les dieux mais par-dessus la ville, la nuée reste silencieuse et l'évidence se fait brutale : dieu est mort et je suis seul

9.4.08

la jouissance nouvelle



on commence par effacer un fichier, un courrier, une application, un dossier, on supprime un compte à la suite, un ensemble de paramètres, on continue, motivé, on gagne en confiance, on fait de la place, on libère du temps, on détruit, on explose peu à peu le tissu relationnel, on récupère des octets par centaines, par milliers, on découvre une jouissance nouvelle, on participe au chaos, les icônes tremblent sous les touches du clavier, les doigts hésitent pour la forme puis frappent sans état d'âme, on ne s'attaque qu'au virtuel, ce n'est jusque là qu'une mise en scène, un frisson maîtrisé, une gaminerie sans conséquence mais on ne va pas s'arrêter là, on prend vite goût au mal

3.4.08

l'ombre au tableau



la constance, justement, aurait été de définir une ligne éditoriale et de s'y tenir : une année au quotidien avait donné le ton, après une courte pause «on avait» repris sur un rythme d'abord mensuel, puis hebdomadaire jusqu'au voyage à new-york qui, en marge du blog mais suivant néanmoins son concept, s'inscrivait dans un projet artistique concret et abouti qu'avait confirmé la publication, on revivait à présent les hésitations du début, on avançait à tâtons, à nouveau en recherche, on n'en était peut-être pas loin mais quelque chose, dehors, appelait, il y avait une ombre au tableau avec le retour du soleil, la lumière nous épinglait, on était dans la ligne de mire