15.5.06

le poison



tu as des doutes mais tu sais qu'il ne faut pas, tu ne fais pas confiance à tes sentiments, tu leur tournes le dos sous prétexte que tu ne ressens plus leur effet, tu ne te souviens déjà plus des insomnies, de ton corps bousculé, des maux de tête et des larmes bloquées sous les paupières, que tu étouffais pour ne pas que le barrage cédât et qu'avec lui tu t'effondrasses, emporté, tu ne te souviens déjà plus des questions que tu as posées, celles que tu te posais alors et qui trouvaient soudain une réponse éclatante à tes yeux, tu lisais enfin la vérité, celle que tu subodorais, celle qui te ramenait à toi-même, à ce que tu étais vis-à-vis de toi-même, l'autre dans cette histoire n'était plus qu'un alibi à la haine que tu te vouais, tu retrouvais sous ses mots l'évidente lâcheté dont tu faisais preuve, et l'être dépourvu d'intérêt que tu savais que tu étais depuis le début -la raison pour laquelle, depuis le début j'insiste, tu t'étais voulu autre
tu as des doutes, tu relis les mots, les premiers et les seconds, tu voudrais que les seconds soient plus dignes de confiance que les premiers mais le poison est dans tes veines, et ta rancune la plus coriace, la plus odieuse, vient du fait qu'avec ces mots-là tu prends conscience que le mal est incurable parce que l'empoisonneur, depuis le début, c'était toi

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