8.5.06

double



il écrit son journal depuis le mois de novembre 1998, il se souvient qu'il lisait anaïs nin alors, non pas qu'il s'en soit inspiré mais comme cela se produit régulièrement dans sa vie, les événements suivent ses lectures et inversement, il écrit le matin, de préférence, et quelquefois la nuit, il a rempli des centaines de pages depuis cette année 98, cela ne fait pas dix ans qu'il écrit son journal, la notion du temps, dans l'écriture, est une notion relativement étrange, il a l'impression qu'il a toujours écrit, parce qu'il a toujours fait cela : écrire, mais le journal, la discipline du journal, dans sa forme actuelle, il peut la dater, il classe son journal par année, même s'il est virtuel il lui est arrivé d'utiliser deux documents pour une même année, de peur de saturer les mémoires pourtant infinies de la machine, il craint parfois que les données ne disparaissent, il sait qu'il faudrait, au-delà des sauvegardes, imprimer les pages, il n'imagine pas pourtant ce qu'il ferait des centaines de pages une fois imprimées, il quantifie d'instinct les packs de cinq cents feuillets et les cartouches d'encre noire nécessaires, il prend peur devant la tâche à accomplir, et plus peur encore devant la tâche accomplie, comme robert de niro avalé par les feuilles de papier qu'il balaie dans brazil, il peut voir le journal à la place de lui-même, cette autre vie qui est sa vie et en même temps qui ne le sera jamais vraiment, il pense que la schizophrénie vient de là, que le journal, la nécessité du journal, est un signe de plus, non pas qu'il est un écrivain, mais qu'il est double, que son esprit est scindé en deux entités, l'une pense avec le cerveau et l'autre avec les doigts

7 Comments:

Anonymous Jonas de Dieppe said...

C'est arrivé, oui, que l'on espère, ouf, qu'un matin tout ce qui fut dit jusqu'ici ait bugué. Que ce ne serait plus la peine de tout recommencé. Ce fut dit en son heure, et ce serait bien comme ça.

00:18  
Anonymous Jonas de Dieppe said...

*recommencer*

00:20  
Blogger pylone said...

superbe

07:46  
Anonymous lo said...

c'est arrivé, ici, que l'on teste la machine, que l'on efface exprès, pour voir, c'est arrivé, ici, que l'on supprime des échanges, des mots, pour savoir ce que ça fait : la perte
ce fut écrit en son heure, jonas, maintenant c'est perdu et l'espoir qui vient, ensuite, c'est que l'autre, en face, n'a pas fait la même chose et que le texte existe, encore
lh.

09:01  
Anonymous Victor Lamb said...

C'est la grande peur de ce siècle, la grande phobie: perdre ce qui est numérique, numérisé, tous ces uns et ces zéros au fond des mémoires virtuelles qui ne veulent rien dire et qui ont pourtant tellement à raconter...

08:40  
Anonymous lo said...

— mais qu'est-ce que tu fais?
— je réponds à victor…
— t'as pensé à sauvegarder avant?
lh.

19:03  
Anonymous mysterious rick said...

savoir perdre c'est aimer.

18:07  

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home