27.4.06

blanche



tu te souviens de cet enfant, tu avais huit ans, neuf peut-être, tu passais tes vacances dans une résidence très chic de la côte d'azur, il était le fils des domestiques de la famille de ta meilleure amie, on ne dit plus : les domestiques en france, mais c'était une famille de l'île de la réunion, comme ta propre famille du côté de ta mère vient de la réunion, et c'est ainsi que l'on nommait le personnel alors, il n'y avait pas forcément une notion péjorative, juste des relents de colonialisme, plus tard, quand tes grands-parents s'étaient installés dans la campagne berrichonne, c'était ainsi qu'ils désignaient encore les gens qui travaillaient pour eux, les domestiques, tu te rappelles de ce garçon qui était noir, le fils de la cuisinière, ou de la femme de ménage, tu ne sais plus quelle fonction occupait cette femme généreuse et souriante, tu te souviens juste que ta peau devenait rouge l'été, avant de brunir, et que la sienne ne changeait pas, elle te semblait plus dure, plus robuste, tu te souviens des craquelures sur la tranche des pieds, à la limite de la plante blanche, tu regardais sa peau avec une curiosité d'enfant, du moins tu l'espères, tu es conscient des possibles dérives de la pensée, tu essaies de comprendre avant de condamner, tu cherches, tu sais de quoi la pensée est capable, quel amalgame, tu voudrais pouvoir dire les choses les plus odieuses pour les sortir de toi, comme on exorcise, avoir une chance ensuite d'en décomposer les raisons, d'en analyser les ingrédients, pour finalement annuler la solution, ne plus avoir à croire qu'on est identique parce que c'est bien, mais le savoir, tout simplement, parce que c'est vrai

8 Comments:

Anonymous Azure-Te said...

.
Disons "égaux", c'est très bien porté.
Disons "semblables", ça n'engage à rien et ça fait plaisir à tout le monde.
Mais "identiques", non. Identiques, ce sont des clones. Je m'appelle pas Dolly, moi.

00:31  
Anonymous Jonas de Dieppe said...

Difficile de (s')expliquer ce besoin d'exorciser ces élans de pensées/réflexes qui, au fond, on le sait intimement, ne nous appartiennent, n'ont pas notre adhésion, mais nous traversent comme si la sournoise rumeur de la société dans laquelle nous baignons s'obstinait à chuchoter ses plus viles obscénités à nos oreille.

09:36  
Anonymous Jonas de Dieppe said...

"Oreilles", disais-je ^^

09:38  
Anonymous lo said...

identique, de idem : le même
donc égal
donc semblable, "dolly"
et : depuis quand devrions-nous nous attacher à faire plaisir à tout le monde?
les engagements, de jonas (très fine observation, merci jonas), de toi-même, azure-te, des personnes que nous aimons lire, et le nôtre j'espère, ne sont plus à prouver
lh.

10:49  
Anonymous Azure-Te said...

Mes engagements ? Quels engagements ?
Je ne m'engage à rien, je ne réponds de rien.

Dolly.

13:24  
Anonymous lo said...

je ne réponds de rien moi non plus ;-)
lh.

13:26  
Anonymous Henri-Pierre said...

Le personnel reste quelqu'un de rétribué, point.
Il y a dans la notion de "domestique" une inclusion dans la sphère privée et... domestique.
Dommage que le politiquement correct stupide ait dévoyé le sens de ce terme.

11:50  
Anonymous Shaggoo said...

"... s'attacher à faire plaisir..."
J'aime bien cette délicate attention :)

12:26  

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