18.3.06

l'étreinte




la main tendue je caressais la tête du tigre, je croisais l'œil jaune, semblable à celui d'un serpent, j'y lisais une menace et une confiance égales, les deux sentiments se partageaient l'iris doré, s'y mêlaient intimement, hypnotisaient l'adversaire, je me suis mis à genoux, je n'avais pas peur des fauves, il y avait chez moi cette inconscience née de l'irresponsabilité, autant je redoutais les hommes autant les bêtes ne m'avaient jamais inspiré la moindre crainte, tout dangereux qu'ils pussent être, je pouvais enrouler la peau glacée d'un boa autour de mes épaules, lisser de la paume la carcasse argentée d'un squale, je n'étais pas impressionné par les dimensions fantastiques des baleines et des éléphants, je m'étendais auprès des félins et des ours depuis l'enfance, ils avaient dormi, bébés, sous les draps avec moi, nous avions échangé la chaleur de nos corps dans des étreintes déjà adultes alors que mon être s'éveillait à peine à la conscience, j'ai posé mon front contre la truffe chaude du tigre, il a soufflé comme on éternue, j'ai roulé sur le sol avec un éclat de rire tandis que la bête bondissait, m'immobilisait de son poids et attaquait ma chair avec frénésie, j'ai mordu à mon tour, le liquide brûlant a éclaboussé mes lèvres, j'ai enfoui le visage dans la fourrure, reconnaissant, j'ai cessé de lutter et l'animal s'est endormi, vidé

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